Une part des salaires dans la VA élévée en 2025 en France
Comparaisons internationales de 30 ans de partage de la valeur ajoutée
Autrices, auteurs & résumé
1 Du partage de la VA au partage des richesses
L’analyse du partage de la valeur ajoutée (graphique 1) est au cœur des débats sur la redistribution des richesses (voir notamment Hurlin et Portier (1996), Timbeau (2002), Cotis (2009), Husson (2010), Askenazy, Cette et Sylvain (2012), Piton (2019), Pak, Pionnier et Schwellnus (2019), Cette, Koehl et Philippon (2019), Timbeau (2025), Gendre et Thommen (2025)). Un indicateur souvent retenu est celui de la part des salaires dans la valeur ajoutée. Nous discutons ici de la construction de cet indicateur et de sa comparabilité entre pays.
1.1 Du bon concept de part des salaires
Trois points sont importants pour disposer du bon concept (voir Reis (2022) pour une discussion et une revue de littérature sur ce point) :
- Corriger des non salariés et leur imputer une masse salariale. La correction habituelle consiste à affecter aux non salariés le même salaire que les salariés (généralement de la même branche) ; c’est ainsi que traitent la question Cette, Koehl et Philippon (2019) et Gendre et Thommen (2025). Nous procédons à cette correction (appelée correction par les effectifs) aux 21 branches de la NACE rev. 2 niveau 1. Nous proposons une alternative en utilisant la mesure du revenu mixte (dite correction par le revenu mixte), parce que l’affectation d’un salarie égal aux non salariés et aux salariés par branches conduit à imputer un équivalent masse salariale supérieur au revenu mixte des non salariés[^1]. En France, le revenu mixte (des non-salariés) est passé de 30% de la masse salariale (autant pour le ratio des effectifs) au début des années 1970 à un peu moins de 10% (presque 15% pour les effectifs) en 2024. Malheureusement, le revenu mixte par branche n’est pas diffusé systématiquement par les Etats membres de l’UE. Ces corrections modifient significativement la part des salaires dans la valeur ajoutée, suivant la méthode, parce que non seulement la part des non salariés et de leur revenu mixte varie dans le temps, de façon différente par un effet de structure (moins d’agriculteurs) et de nature (les non salariés sont moins rémunérés aujourd’hui), de façon différente par pays (graphique 1 et voir les annexes D et G consacrées à ce point).
Le concept que nous privilégions est ainsi défini comme suit (où, pour chaque branche D1_b est la masse salariale chargée, B1G_b la valeur ajoutée brute, P51C_b la CCF_b, les trois notions en euros aux prix courants et ns_b et sal_b les effectifs en personne ou le revenu mixte par branche)1 et D29-D39 les impôts de production nets de subventions :
1 Cette, Koehl et Philippon (2019) utilisent une définition plus large des branches non marchande en incluant les branches R, T et U.
s_{net, n.s., -LOPQ} = \frac{\sum_{b\in{TT-LOPQ}}{D1_b*(1+ns_b/sal_b)}}{\sum_{b\in{TT-LOPQ}}{B1G_b - P51C_b - (D29_b-D39_b)}}
Une citation : La part des salaires dans la valeur ajoutée nette est croissante en France (graphique 1) (de 10 points de 1998 à 2025), comme en Espagne (de 9 points). Elle atteint en France le niveau le plus élevé des pays sélectionnés (correction des non salariés par les effectifs), pour autant que l’on puisse comparer entre pays. Ce résultat contraste avec les évaluations récentes de Cette, Koehl et Philippon (2019) et Gendre et Thommen (2025) qui concluent à une stabilité de la part des salaires dans la valeur ajoutée autour de ce qu’ils supposent être une valeur d’équilibre.
Théoriquement2, l’évolution de part des salaires dans la valeur ajoutée dépend de la fonction de production agrégée (ce qui suppose qu’elle existe). Si l’élasticité de substitution entre le capital et la travail est unitaire alors on s’attend à ce que le partage soit indépendant du prix relatif du travail et du capital. La part des salaires est alors uniquement déterminée par la forme de la fonction de production et devrait converger dans tous les pays vers une valeur semblable, par diffusion de la technologie. Une structure de l’économie par branche différente peut cependant se traduire par des parts différentes d’un pays à l’autre.
1.2 Impact du changement de structure de l’économie
On peut décomposer le changement de la part des salaires dans la valeur ajoutée en un effet de structure en branche et un effet de changement de la part des salaires dans la valeur ajoutée dans chaque branche. Formellement la décomposition retenue s’écrit (où w_{b,t} est la part de VAN de la branche b dans la valeur ajoutée nette de l’ensemble des branches considérées et s_{b,t} la part des salaires dans la branche b) :
\begin{aligned} s_t - \sum w_{b,1995} \times s_{b,1995} = \sum w_{b,1995} \times (s_{b,t}-s_{b,1995}) \\ + \sum (w_{b,t} - w_{b,1995}) \times s_{b,t} \end{aligned}
L’année 1995 est l’année de référence et le premier terme (de droite) s’interprète comme la part des salaires qui prévaudrait s’il n’y avait pas eu de changement de structure. Le graphique 1 représente ce terme ainsi que la part agrégée des salaires (s_{t}). L’effet de la structure par branche de l’économie (ici marchande hors services immobiliers produits par les ménages) est assez marginale. Les variations de la part des salaires sont bien celle des parts des salaires dans chaque secteur.
Il existe quelques exceptions à cette règle générale. A structure de branche inchangée, avec comme année de référence 1995, la part des salaires serait plus basse de 3,5 points de VA pour les Pays-Bas en 2025. En Allemagne ou en Belgique, le changement de structure des branches explique un petit peu de l’évolution à la hausse.
En revanche, la part des salaires serait légèrement supérieure en Italie à structure inchangée. Le pic de valeur ajoutée en 2013 est lié entièrement à la structure par branche, ce qui laisse supposer une rupture de série dans les comptes de branche.
Références
Longeur
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Réutilisation
Citation
@article{timbeau2025,
author = {Timbeau, Xavier},
title = {Une part des salaires dans la VA élévée en 2025 en France},
journal = {Document de travail de l’OFCE},
number = {2025-23},
date = {2025-10-24},
url = {https://xtimbeau.github.io/travail/},
langid = {fr},
abstract = {On explore différentes façons de calculer la notion de
part des salaires dans la valeur ajoutée. Le concept privilégié est
celui de la part des salaires *corrigés de la non salarisation* dans
la valeur ajoutée *nette de la consommation de capital fixe* des
branches *marchandes hors services immobiliers*. Il peut être
calculé pour les pays européens. Il fait apparaître une position
singulière de la France où la part des salaires est plus élevé et
s’est accrue de façon importante. Bien que plus fragile
empiriquement, le calcul de rendement net d’impôts du capital
productif confirme ce diagnostic particulièrement préoccupant pour
le tissu productif français. L’ensemble des éléments présentés est
reproductible à partir des codes fournis.}
}